HISTOIRES

 L'INCROYABLE HULK





« Dissimulée derrière mes lunettes de soleil, d’authentiques contrefaçons chinoises acquises quelques minutes plus tôt auprès d’un marchand ambulant particulièrement déterminé, j’observe discrètement le ballet des touristes qui baguenaudent sur la plage.
Lorsque je remarque cet homme dont la silhouette se dessine en contre-jour, il est encore loin de moi. Indiscutablement, c’est bien le fameux super-héros, l’incroyable Hulk, que je distingue. Comme il se rapproche, je note qu’il a troqué son teint olive et son expression bilieuse contre un hâle cuivré et une mine détendue. Un chien de race indéterminée sillonne la plage à ses côtés. Je saisis mon appareil photographique pour immortaliser la scène invraisemblable. Il décèle instantanément la présence de mon objectif pointé sur lui. La crainte qu’il vire au vert et déclenche une colère noire, ou, plus vraisemblablement la gêne provoquée par la situation abracadabrante dans laquelle je me trouve, me déstabilise sensiblement.  N’écoutant que mon courage, je décide de finir le « boulot » et je guette l’instant opportun pour déclencher l’obturateur. A l’arrière-plan, je repère deux jeunes filles qui ne sont apparemment pas indifférentes à la virilité du mastodonte et qui en prime, ne s’embarrassent pas de discrétion pour admirer l’étalon. Je prends quelques clichés du tableau qui s’offre à mes yeux. Ma mission accomplie, je garde la posture du « photographe en action » alors que mon sujet est désormais hors-champs. Lui, je le sens bien , me tient toujours  à l’œil. »










 REMAININGS




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POMME POURRIE ET SERPENT A SORNETTES
 

Fin du monde (image réalisée en collaboration avec Nicolas Perrin)


Tout commence avec cette fameuse histoire de genèse de l’humanité . Ayant procédé à une petite enquête de voisinage sur les tenants et les aboutissants de ce récit biblique , j’ai constaté des divergences significatives dans l’interprétation des faits .  Pour résumer , Adam , seul au milieu des animaux et des plantes s’ennuie dans son jardin d’éden . Dieu , dont les intentions ne sont pas toujours transparentes , créé Eve pour lui tenir compagnie et pose une condition à leur séjour éternel dans ce lieu idyllique ; le couple devra s’abstenir de croquer le fruit de l’arbre de la connaissance sous peine de mort .  Sous l’influence du serpent , Eve transgresse la recommandation et incite le "pauvre" Adam à faire de même . Le prosateur de ce récit ayant choisi de rester dans  l’ombre et mes sources d'information n’étant pas divines , il m'est difficile d’affirmer quoi que ce soit sur la signification réelle de ce scénario et du rôle joué par chacun des protagonistes . Il semble toutefois aujourd'hui admis que considérer  la femme comme le maillon faible de cette histoire est une interprétation erronée ;  l’auteur  possédait une solide connaissance de l’espèce humaine et de sa propension à satisfaire ses désirs quel-qu’en soient le prix et peut-être n’aura-t-il pas résisté à la tentation de nous prévenir des risques encourus ?  La question reste ouverte.

Toujours est-il que les effets dévastateurs de notre conduite sur notre environnement sont de plus en plus visibles et mesurables ; Les pays riches , stimulés par leur système économique s’occupent entre autres de pulvériser les ressources énergétiques , les pays pauvres sont animés par des préoccupations évidemment éloignées des considérations environnementales , les pays émergeant d’un marasme économique et politique compensent des années de frustration par une consommation exacerbée, tandis que les pays en guerre n’ont d’autres chats à fouetter que de s’octroyer le droit de massacrer leurs contemporains , aidés par des pays riches ou émergents qui les fournissent en armes dévastatrices, s'assurant ainsi la maîtrise des ressources . S’il y a bien une activité que nous menons dans un consensus mondial , sans pour une fois porter attention aux divergences culturelles ou religieuses, sans éprouver le besoin du moindre conciliabule autour d’une table des Nations Unies , c’est bien de scier la branche sur laquelle nous sommes assis . 

Depuis quelques décennies , les scientifiques et des médias diffusent des messages d'alerte à audibilité réduite tandis que les hommes politiques , dont la constance dans l'inertie est aussi légendaire que le mythe de Prométhée , mettent autant d'ardeur à relayer l'information que s'il s'agissait d'une proposition de loi fallacieuse émise en période estivale . Quant au contenu du message qui nous avertit des dangers qu’encourt la planète qu'on nous encourage à "sauver", il me laisse perplexe . S'il y en a une qui assistera à notre enterrement et nous survivra, c’est bien la planète Terre . Je comprends qu’il s’agit là d’une image et que le but recherché est de nous pousser à soigner notre milieu naturel mais c’est aussi une manière de détourner l’attention de la véritable question ;  Comme l’indiquait un certain Shakespeare , fameux dramaturge qui s’avère également être l’unique prophète britannique ;  "être ou ne pas être , là est la question" que doit se poser l'humanité.


*Mon billet ne s’appuie évidemment en aucun cas sur une conception créationniste de la genèse mais je trouve qu’elle est une amusante base de réflexion.

 
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AUTOPORTRAIT : Quand je prends mon envol...




S'il y a une chose qui nous est en principe enseignée dès notre plus jeune âge,  ce sont les limites. Il est admis que leur absence est une source d'angoisse pour l’enfant ; mes compétences pédagogiques étant limitées à 9 ans d’expérience sur mon seul chérubin qui s’avère pour l’instant plutôt coopératif,  j’éviterais de me risquer à contester cette théorie.
Les limites inculquées ne se cantonnent toutefois pas au fait d'éviter de dire M**** à maman ou de s'abstenir de se sucer les doigts après avoir mis les mains dans la caisse du chat ;
Nous apprenons aussi que nous sommes « équipés » pour vivre dans un milieu et qu’en dehors de celui-ci notre (sur)vie devient plus compliquée et que cette règle s’applique à notre environnement social plus ou moins confortable, mais dont nous maîtrisons les codes.
Nous sommes également informés du fait que notre intelligence est différente de celle des autres êtres vivants mais aussi de celle de nos congénères et que certains d'entre nous sont peut-être destinés à occuper une place plus "douillette" au sein de la société, tandis que d’autres en seront exclus. Il  est donc rapidement acquis que notre « monde » est construit autour de frontières posées entre les gens et entre les nations et qui s'étendent aux possibilités qui s'offrent à nous.

Voyager, transgresser les limites que l'on s'impose et qu'on nous impose exige de sortir de notre zone de confort.

Cet autoportrait a été réalisé en France et on reconnaît la ville de Genève au loin. Il ne s’agit pas d’un montage photo mais d'un effet d'optique dont la réalisation m'a valu quelques courbatures (plusieurs sauts ont été nécessaires pour obtenir un cadrage plus ou moins réussi) et le regard interrogateur d'un randonneur ébahi stupéfié par mon inobservation des bienséances.
A travers cette photographie, je m’offre donc quelques transgressions : celle, évidemment, de « contourner » la loi de la gravité par cet effet d’optique qui me permet un décollage sans pour autant être outillée pour ce type d’exercice. Celle, plus personnelle, de faire fi du regard des autres en m’exposant au risque, certes limité, d’y laisser quelques plumes qui mettraient du temps à repousser, mais aussi celle de voler de mes propres ailes, seule et sans filet et surtout en toute quiétude. Ceux qui me connaissent, savent aussi que je transgresse ici ma petite phobie du vide.
Pour finir, bien plus terre à terre mais tout aussi agréable, celle de franchir la frontière Franco-Suisse sans me soumettre aux douaniers-suisses-qui-transgressent-(paraît-il)-pèriodiquement-les-accords-de-l'espace-Schengen en procédant à des contrôles d'identité.

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AVEC OU SANS POILS, LA N'EST PAS LA QUESTION !






C’est une matinée qui démarre avec une avalanche de petits plaisirs...
-Prendre ma voiture et me rendre tranquillement à Genève, m’installer à la terrasse du Remor et savourer un café allongé, lunettes de soleil sur le nez, en attendant l'heure de mon rendez-vous.
-Empoigner le journal "20 Minutes" qui traîne sur la table et  me jeter sur les pages d’actualités dont les titres toujours évocateurs interpellent mon esprits déjà en effervescence.
- Découvrir, entre 2 articles de faits divers que l’artiste Milo Moiré s’est vu refuser l’entrée d’Art Basel sous prétexte que les autres participants avaient réservé leur place depuis des lustres et qu'elle ne pouvait donc pas improviser une performance. Il faut dire que la demoiselle avait remplacé ses vêtements par de simples noms d’habits inscrits sur sa peau (cf. photo ci-dessus).  Elle se garantissait ainsi une bonne couverture médiatique, mais ce n'était pas forcement la couverture idéale pour entrer incognito à Art Basel.
-A 10h05, je lève les yeux de mon journal pour m’apercevoir que 2 hommes s'installent à la table voisine; J'essaie habituellement d'éviter de cataloguer les gens sur des critères d'apparence, mais mon nez est lui plus radical dans son jugement, lorsqu’il perçoit des émanations de vinasse avant midi.
Je conçois un plan pour m’échapper de cet enfer olfactif qui consiste à prétexter un besoin de tranquillité pour favoriser une conversation d'affaire sereine. Il me reste une bonne vingtaine de minutes à tenir avant l'heure de mon rendez-vous et l’exécution du plan. Je surveille les allées et venues. Il s'agit d'une première rencontre et le seul indice qui me permettra d'identifier la personne attendue sera son regard interrogateur qui devrait balayer la terrasse en cherchant à me localiser. Assaillie par les effluves qui commencent à troubler ma perception de la situation, je bondis de ma chaise à la vue d'un homme qui promène un œil incertain sur l'ensemble de la terrasse en s'installant sur une table libre pour m’assoir en face de lui, en omettant de me présenter. 
Après un début de conversation surréaliste, je comprends que je suis assise en face de la mauvaise personne, qui avait un "rencard" avec une inconnue (apparemment le rendez-vous n'était pas professionel (o;). Dépitée et les joues empourprées, je retourne m'installer entre mes 2 poivrots qui m’accueillent à coup de clins d’œil significatifs. Mon « vrai » Rendez-vous vient finalement directement à ma rencontre. Mes deux voisins ne se privent pas d’émettre des commentaires subtils. C’est avec un grand soulagement que je pénètre dans le bar pour nous trouver un endroit tranquille pour discuter.
Le rendez-vous se termine sans encombre. Je profite de cette belle journée pour aller faire un tour en ville en me rejouant le film de ce début de journée. Le sourire qui est accroché à mes lèvres interpelle quelques passants qui me le rendent volontiers!

De retour à Plainpalais où j'ai laissé ma voiture, mon regard tombe sur cette statue qui semble se délecter de l'arrivée de l’été.



Je réalise que la mode de l’épilation intégrale ne date pas d'hier et qu'elle ne tient pas seulement à la vague pornographique qui déferle sur le net mais s'affirme devant le nombre grandissant d'images de femmes nues qui peuplent notre quotidien. Si le tabou de la pilosité a traversé les siècles, les badauds semblent parfaitement s’accommoder de la nudité exposée au cœur des villes, tandis que Miss Moiré qui se pointe à poil mais sans poils à Art Basel, dans un contexte artistique, se retrouve  au cœur de la page Actu de la version papier de 20 minutes au côté d'un crime de sang.


*En savoir plus sur Milo Moiré:ICI

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